Feuille de papaye et foie : usages traditionnels, études scientifiques, concentrations, précautions et limites des connaissances actuelles.

Feuille de papaye et foie : que disent les usages traditionnels et la science ?

La feuille de papaye (Carica papaya L.) est utilisée depuis longtemps dans différentes médecines traditionnelles. Parmi les usages qui lui sont attribués figure le soutien du foie et des fonctions hépatobiliaires. Mais que sait-on réellement aujourd’hui ?

Les recherches scientifiques donnent une image plus nuancée que les formulations simplifiées que l’on peut parfois lire sur Internet. Certaines études expérimentales suggèrent un effet protecteur sur le foie, tandis que d’autres travaux soulèvent au contraire des questions de tolérance avec certaines préparations ou lors d’expositions prolongées.

Surtout, les études n’utilisent pas toutes la même forme de feuille de papaye : jus de feuilles fraîches, décoction, extrait aqueux, extrait lyophilisé ou extrait alcoolique. Or ces préparations ne sont pas directement comparables.

 

Pourquoi associe-t-on traditionnellement la feuille de papaye au foie ?

Plusieurs publications scientifiques consacrées à Carica papaya rapportent l’utilisation traditionnelle de cette plante pour différents troubles, y compris des usages hépatobiliaires. Une étude expérimentale publiée en 2016 indique ainsi que la feuille de papaye est utilisée en médecine traditionnelle dans certains contextes pour des troubles du foie et des voies biliaires.

Cela ne signifie pas qu’un effet thérapeutique ait été démontré chez l’être humain. Les usages traditionnels constituent un point de départ pour la recherche, mais ils doivent être distingués des preuves cliniques.

 

Que montrent les études sur le foie ?

Des résultats protecteurs dans certains modèles animaux

Une étude menée chez le rat a évalué un extrait aqueux de feuilles de papaye dans deux modèles de lésions hépatiques provoquées expérimentalement : l’un par le tétrachlorure de carbone, l’autre par le paracétamol.

Les chercheurs ont mesuré plusieurs marqueurs biologiques du fonctionnement hépatique, notamment les enzymes ALT, AST et phosphatases alcalines ainsi que la bilirubine.

Dans certaines conditions expérimentales, l’administration de l’extrait de feuille de papaye à 100 ou 300 mg/kg a réduit l’augmentation de plusieurs de ces marqueurs et amélioré certains aspects de l’histologie hépatique.

Ces résultats ont conduit les auteurs à proposer un potentiel effet hépatoprotecteur de l’extrait aqueux. Mais il faut garder une limite essentielle en tête : il s’agit de rats auxquels une atteinte hépatique a été artificiellement provoquée, et non de personnes consommant une tisane de feuilles de papaye. On ne peut donc pas en déduire que boire une infusion protège le foie chez l’être humain.

 

Pourquoi la concentration et la préparation sont-elles essentielles ?

C’est probablement le point le plus important pour comprendre ces résultats. Parler de « feuille de papaye » sans préciser la préparation peut être trompeur.

  • jus de feuilles fraîches
  • décoctions de feuilles sèches
  • extraits aqueux
  • extraits concentrés ou lyophilisés
  • extraits alcooliques ou hydroalcooliques


Ces préparations ne contiennent pas nécessairement les mêmes molécules aux mêmes concentrations.

 

Exemple : le jus de feuilles fraîches utilisé en Malaisie

Dans un essai clinique réalisé en Malaisie chez des patients atteints de dengue, les chercheurs ont utilisé 50 g de feuilles fraîches, passées dans un extracteur sans ajout d’eau. Cette quantité produisait environ 30 mL de jus frais, administrés une fois par jour pendant trois jours. La fonction hépatique était surveillée quotidiennement dans le cadre du suivi de sécurité.

À partir du rendement de séchage mesuré par Nature d’Ici et d’Ailleurs sur ses propres feuilles — 9,3 kg de feuilles fraîches donnant 2,7 kg après séchage — 50 g de feuilles fraîches représentent environ 14,5 g de feuilles après séchage.

Ce calcul donne un ordre de grandeur de matière végétale, mais il ne signifie pas qu’une infusion réalisée avec 14,5 g de feuilles sèches soit équivalente aux 30 mL de jus frais de l’étude. Le jus obtenu par pressage de feuilles fraîches et une extraction dans de l’eau chaude n’extraient pas nécessairement les mêmes composés ni dans les mêmes proportions.

 

Une décoction très concentrée n’est pas une tisane ordinaire

Certaines études expérimentales utilisent des préparations beaucoup plus concentrées qu’une infusion domestique classique : forte quantité de feuilles par litre, ébullition prolongée, puis concentration ou lyophilisation du liquide obtenu.

Ces protocoles sont utiles pour étudier la pharmacologie ou la toxicologie, mais ils ne doivent pas être présentés comme équivalents à une simple tisane de feuilles sèches.

 

Des études de tolérance qui ne montrent pas de lésion hépatique systématique

À l’inverse d’une lecture trop alarmiste des données de sécurité, plusieurs travaux n’ont pas mis en évidence de lésions hépatiques significatives malgré des expositions prolongées. Une étude utilisant du jus de feuilles lyophilisé pendant 13 semaines n’a pas observé de lésions histologiques du foie, y compris à des doses élevées. Une autre étude portant sur un extrait hydroéthanolique administré sur une longue durée n’a pas non plus mis en évidence d’anomalies histopathologiques hépatiques significatives.

Ces résultats sont intéressants, car ils montrent qu’une exposition prolongée ou à forte dose ne conduit pas systématiquement à une atteinte du foie. Ils concernent toutefois des préparations très différentes d’une infusion ou d’une décoction domestique et ne permettent donc pas, à eux seuls, de conclure à l’innocuité de toutes les formes de feuille de papaye.

 

Peut-on dire combien de feuilles de papaye il faudrait consommer pour atteindre une dose toxique ?

Non. Les données disponibles ne permettent pas actuellement de définir un seuil fiable du type : « au-delà de X grammes de feuilles sèches, la feuille de papaye devient toxique pour le foie ». Ce serait scientifiquement injustifié.

Les études utilisent des préparations trop différentes, et la réponse peut dépendre du mode d’extraction, de la quantité de feuilles, de la durée de consommation, de la variété de papayer, de la composition chimique de la feuille, de l’état de santé de la personne et d’éventuels médicaments associés.

La revue de sécurité de 2021 conclut donc à une bonne tolérance à court terme chez l’adulte, mais recommande de la prudence notamment chez les personnes présentant déjà une atteinte hépatique.

 

Existe-t-il des preuves chez l’être humain d’un bénéfice pour le foie ?

À ce jour, nous n’avons pas identifié d’essai clinique démontrant qu’une infusion, une décoction ou un jus de feuilles de papaye améliore une maladie du foie chez l’être humain.

Les données humaines les plus importantes sur la feuille de papaye concernent surtout la dengue et la thrombocytopénie, et non les maladies hépatiques.

Cela fait une différence essentielle entre un usage traditionnel, un mécanisme observé en laboratoire, un effet observé chez l’animal et une efficacité démontrée chez l’être humain. Pour le foie, cette dernière étape manque encore.

 

Alors, la feuille de papaye est-elle bonne ou mauvaise pour le foie ?

La réponse scientifique actuelle est : on ne peut pas conclure aussi simplement.

Certaines études animales montrent un effet protecteur dans des situations expérimentales de toxicité hépatique. D’autres études signalent des modifications des enzymes ou des tissus du foie avec certaines préparations et certaines durées d’exposition. Plusieurs études de toxicité ne retrouvent au contraire pas d’atteinte hépatique significative, même avec des doses élevées de certains extraits.

Ces différences montrent que la nature de la préparation, la concentration et la durée d’utilisation comptent probablement beaucoup.

 

Ce qu’il faut retenir

  • Certains travaux chez l’animal suggèrent un potentiel effet protecteur sur le foie.
  • Les résultats ne sont pas uniformes entre les différentes préparations.
  • Certaines études de sécurité signalent des modifications hépatiques lors d’expositions répétées.
  • Les données humaines restent insuffisantes pour affirmer qu’une feuille de papaye protège ou traite le foie.
  • Les extraits concentrés utilisés dans certaines études ne doivent pas être confondus avec une infusion ou une décoction de feuilles sèches.


La recherche continue donc d’explorer les effets de Carica papaya, mais l’état actuel des connaissances ne permet pas de présenter la feuille de papaye comme un traitement des maladies du foie. En cas de maladie hépatique connue ou de traitement médicamenteux, un avis professionnel reste particulièrement important avant une utilisation régulière de plantes médicinales.

 

Les références scientifiques : 

 

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